J’adore les histoires de maison hantée, autant les regarder dans le noir que les écrire. Je trouve que les fantômes et la manière dont on se les figure en disent beaucoup sur notre rapport aux vivants et à la société en général. (Promis, un article sur le sujet est en cours d’écriture).
Je crois que ce qui m’intéresse le plus dans l’exploration de ces histoires, ce sont toutes les possibilités : une maison hantée a des secrets, des voiles sous lesquels s’agitent des vérités déformées par la peur ou la volonté de faire du sensationnalisme.
L’image du fantôme est ancrée dans nos quotidiens, que l’on parle d’apparition spectrale, de promesses non tenues ou de souvenirs (souvent sous l’angle de la mémoire traumatique). Les fantômes sont partout, dans notre imaginaire collectif, nos maisons, dans notre passé commun. Ils remettent en question notre manière de considérer la mort et nos espoirs. Ils ébranlent nos certitudes. Quand Samuel Daily déclare à un Arthur Kipps furieux, dans La Dame en noir, qu’à avoir le choix entre savoir le fantôme de son fils heureux, ailleurs, ou prisonnier ici, sur Terre, il n’a pas hésité, je le comprends.
C’est la raison pour laquelle je ne m’arrêterai jamais d’écrire des histoires de maison hantée. Parfois, c’est nous qui sommes hantés. Et, parfois, c’est un lieu chargé d’histoire, que l’on parle du suicide collectif de Jonestown (moi, j’appelle ça des meurtres mal déguisés) ou d’un drame plus intimiste.
L’on pourrait croire que l’être humain apprend de ses propres drames. Le naufrage du Titanic (et ses multiples effets papillon), la catastrophe de Tchernobyl (pour ne citer que les plus célèbres)… Absolument pas. L’être humain fait son deuil, à sa manière. Il regarde droit devant avec des œillères incroyables, mû par une volonté de faire un doigt au Destin s’il y croit, de se faire mousser, de défier Dieu si celui-ci existe.
Dans une société où l’argent dirige tout et tout le monde, et où le fascisme se répand comme une traînée de poudre, l’être humain se contente de se satisfaire de sa place parce que c’est toujours pire ailleurs.
De Bloody Mary à Ring, le fantôme a sa place partout, autant dans nos imaginaires que dans la vie réelle. Creepy pastas, croyances, guerres, il rôde jusque dans nos vies numériques.
L’imagerie du fantôme est riche. Notre conception de son existence est variée. À partir de ce constat, il n’est pas difficile d’imaginer mille et une histoires de maison hantée, des fantômes qui errent pour un tas de raisons et des vivants qui s’adaptent.
Je n’ai pas écrit une seule histoire de maison hantée qui ressemble aux autres. Noces d’éternité et ses empreintes de pas mouillés dans le manoir, les bruits de pas dans Boistrel, la fenêtre qui reste obstinément fermée dans le projet 💜😺👻…
Chacun de nous est une histoire à part entière, et il est logique de penser qu’il en ira de même pour son fantôme. C’est ce qui m’intéresse dans ces histoires : ce qu’on laisse derrière soi, les lieux que l’on a habités, investis, la façon dont on a perçu tout ça, sans doute en passant à côté d’un tas de choses.

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